- Récit et vidéo de notre transat retour -

2430 milles en 19 jours, 23 heures et 45 minutes

Du samedi 20 mai au jeudi 9 juin 2023

C’est après quelques jours dans les Îles Vierges Britanniques, à profiter de nos derniers moments dans les Caraïbes, que nous partons de transat pour les Açores au départ de l’île de Virgin Gorda. Cette fois nous serons trois à bord. Alain est venu nous prêter main forte pour cette transat retour. Le créneau météo semble bon avec des alizés de 15 à 20 noeuds d’Est, Sud-Est pour au moins les 10 premiers jours.

Pour ceux qui veulent visionner la vidéo avant de lire le récit, rdv en bas de cette page.

Retrouvez également en bas de page la cartographie de notre route précise générée à partir de relevés GPS journaliers.

JOUR 1 - samedi 20 mai

Il est 10h30 heure locale quand nous levons l’ancre de la baie de St Thomas direction les Açores à 2200 miles nautiques dans l’Est. On sort la trinquette (petite voile d’avant) et on envoie toute la grand-voile pour parcourir au travers les 15 milles afin de passer au Nord d’Anegada, la plus à l’Est des Îles Vierges. C’est à hauteur de cette île que l’on se prend notre premier grain, premier d’une longue série. On prend alors le cap compas au 55° qui correspond à une route un peu Nord pour aller contourner une zone de pétole à peu près à mi-parcours selon les prévisions. Anegada s’éloigne et la houle d’Est se forme. Au bon plein, les vagues passent sur le pont et parfois même dans le cockpit. Les grains se succèdent alors que la première nuit commence. Une nuit noire sans lune, où on navigue à bonne allure avec 2 ris dans la GV. Pas facile de se reposer. Les quarts se mettent en place avec un roulement toutes les deux heures. On aperçoit des éclairs dans le lointain et les grains s’enchaînent.

JOUR 2 -dimanche 21 mai

C’est un équipage fatigué qui s’organise entre barre, repos, alimentation (on ne peut pas vraiment parler de repas), communication avec l’Iridium pour infos météo et échanges avec les bateaux copains embarqués dans la même galère. La journée se passe entre grains, réductions et renvoies de la GV. A l’intérieur du bateau c’est le chantier d’autant qu’une infiltration s’est déclarée au niveau d’une cadène de hauban tribord ce qui mouille une partie du carré. Des fuites également au niveau des aérateurs de hublots avant sont colmatées avec un joint silicone. Mais le mal est fait et il est bien difficile de faire sécher tout ça. Une nouvelle nuit commence avec succession de grains et d’orages sans tonnerre. Un petit quartier de lune éclaire légèrement le début de la nuit. La houle est toujours bien formée et se calme un peu par moment. On ne peut pas sortir sans se faire mouiller par les vagues.

JOUR 3 - lundi 22 mai

Dans la matinée, après 48 heures de navigation, nous avons parcouru 280 miles. Le bateau avance bien ce qui nous réconforte un peu. On continue à se prendre des grains et des vagues. Il semble que la météo soit stable jusque vendredi. On espère juste que la houle se calme un peu pour pouvoir mieux manger, se reposer et essayer d’assécher le bateau. Dans l’après-midi les grains s’espacent jusqu’à disparaître pour une nuit sans pluie mais trempée par les vagues et toujours ces éclairs sans tonnerre. Repos difficile à trouver avec le bateau qui tape dans les vagues.

JOUR 4 - mardi 23 mai

La journée commence sous un grand soleil (c’est bon pour la charge de nos batteries) et une mer toujours formée mais plus de vagues qui mouillent le cockpit. On a parcouru 160 milles en 24 heures. On a rarement fait des moyennes aussi élevées. On se met à rêver à une traversée en 15 jours (enfin surtout Alain) mais il faut rester réaliste, les conditions vont évoluer en fin de semaine selon les prévisions et les moyennes vont sérieusement chuter. La journée passe à se relayer à la barre et la mer s’aplatit encore un peu. On peut enfin être dehors sans se faire mouiller. La nuit commence éclairée légèrement par un petit quartier de lune. La mer moins agitée et notre allure de travers sont plus propices au repos mais les quarts de nuit sont tout de même difficiles avec la fatigue accumulée des premiers jours.

JOUR 5 - mercredi 24 mai

Une nouvelle journée ensoleillée commence. On avance toujours bien avec 133 milles parcourus en 24h mais les conditions se sont bien calmées. On peut enfin cuire des pâtes pour manger chaud. Dans l’après-midi, on lâche le deuxième ris dans la GV et on renvoie le génois un peu plus tard. On se rend aussi compte d’un problème de charge de batteries. En effet le panneau solaire babord sur le bimini ne charge plus. Il s’avère que c’est le branchement de la prise de la rallonge que l’on a rajoutée pour le placer sur le bimini qui est endommagé. On ralentit alors le bateau le temps de déplacer le panneau pour le remettre sur les filières, ainsi pas besoin de rallonge. Ouf ! Ça remarche. On espère une belle journée de soleil demain pour charger correctement nos batteries et pouvoir se servir un peu du pilote automatique. Une nuit assez calme passe au rythme des quarts de 2h à se relayer à la barre. Depuis le départ, on se relaie en permanence pour économiser nos batteries en évitant d’utiliser le pilote automatique.

JOUR 6 - jeudi 25 mai

Quelques grains passent dans la matinée puis c’est une journée plutôt ensoleillée avec une mer bien assagie. On en profite pour refaire un joint silicone au niveau de la cadène pour essayer d’éviter l’infiltration d’eau en prévision d’éventuelles conditions qui redurciraient. On peut enfin revivre dehors même si on sent que la température a bien diminué. Les nuits sont plus fraîches et l’on ressort les sweats et les couvertures. Les prévisions météo nous informent d’une petite dépression en formation qui devrait nous rattraper dans les prochains jours et qu’il va falloir négocier. Jérôme qui surveille tout cela pour nous depuis la terre nous suggère de l’esquiver vers le Nord et de la contourner pour profiter d’un vent Nord. Première soirée depuis le départ où l’on peut prendre un petit apéro et un bon repas pizza ensemble dehors sous pilote automatique. En fin de soirée, on voit notre premier bateau depuis les cargos proches des Îles Vierges, c’est un cargo hollandais qui nous croise à plus de 10 milles sur notre tribord. La nuit est bien étoilée mais notre vitesse chute pas mal avec de longues périodes de molles de vent. On ne fera pas plus de 100 milles en 24h.

JOUR 7 - vendredi 26 mai

C’est une journée de plein soleil qui commence. Un vent modéré toujours d’E-SE nous pousse toutes voiles dehors. On doit même mettre le moteur pour la première fois depuis le départ durant une heure faute de vent. Mais ça revient et l’on repart à la voile à 5 nœuds de moyenne. Le midi on se régale d’un bocal maison de veau avec jardinière de légumes conservé précieusement depuis Boulogne. Merci maman ! Les infos météo donnent désormais une seconde dépression devant se former derrière nous remettant en cause la stratégie envisagée la veille. On verra demain avec plus de sources météo. En attendant on continue notre route au cap 45° sous un superbe ciel étoilé et sous pilote automatique (enfin une nuit sans barrer !).

JOUR 8 - samedi 27 mai

Les infos météo du matin indiquent finalement que l’une des dépressions a disparu et que l’autre s’affaiblit. Le routage de ce matin nous fait contourner une zone de pétole par le Nord. On abat donc un peu et dès le lever du jour, on envoie le spi enroulable pour tracer au grand largue. Isa a réussi à réparer la prise de la rallonge du panneau solaire et on peut donc le remettre en place sur le bimini pour optimiser la charge. On observe plein de méduses en surface. Ce sont des méduses rose violacé avec une espèce de poche gonflée qui les fait flotter, surmontée d’un semblant de crête qui leur sert de gouvernail aérien. Dans l’après-midi le vent faible tourne un peu et on se retrouve quasi vent arrière. On décide alors de sortir le spi symétrique. Une première sur Maracuja ! On installe le tangon, les écoutes, on hisse le spi dans sa chaussette et on l’envoie. Une belle bulle aux couleurs vintage dans les tons orangés nous pousse doucement jusqu’en fin de journée où le vent nous lâche, nous obligeant à mettre le moteur. C’est parti pour une nuit bercée par le ronron du moteur.

JOUR 9 - dimanche 28 mai

Après une nuit bien calme, mis à part le bruit du moteur et le passage de deux cargos au loin, c’est un journée de moteur qui semble s’annoncer. On s’occupe comme on peut et on en profite pour se reposer. C’est seulement en début d’après-midi que l’on ressort le spi sur emmagasineur mais on n’avance pas très vite. En début de soirée la pluie arrive et le vent tombe à nouveau. On remet le moteur pour débuter une nuit sous le crachin. Ça ne nous manquait pas les quarts en salopettes et vestes. Les Antilles sont bien loin déjà !

JOUR 10 - lundi 29 mai

Petit coup de stress au matin quand Alain, de quart, nous réveille d’urgence. Le vent est revenu d’un coup et le spi sur emmagasineur que nous avions laissé hissé s’est déroulé tout seul. On bataille pour l’enrouler mais trop de vent, on doit l’affaler. Ouf, il a failli partir à l’eau. On renvoie la GV et la trinquette, puis on remet le génois peu de temps après pour essayer d’avancer un peu plus vite. Journée complète sous la pluie et à nouveau au moteur en milieu d’après-midi faute de vent. On en profite pour faire un cap direct sur Horta, il nous reste 1200 milles à parcourir. On est quasi à mi route et nous devrions être rattrapés par un dépression dans les prochaines heures. Cette dépression annoncée depuis des jours joue avec nos nerfs, elle n’évolue pas comme prévu donc on attend pour voir à quelle sauce elle va nous manger. En début de soirée, un peu de vent de Sud rentre. On ressort les voiles et jusque 23h, nous enchaînerons les réductions de voiles, d’abord trinquette, puis 1 ris dans la GV, puis un deuxième et le troisième. Nous sommes alors travers au vent et on se fait bien chahuter. Dans la nuit le vent tourne comme prévu au Sud-Ouest. Pas de doute, elle est bien là la dépression !

JOUR 11 - mardi 30 mai

C’est en mode machine à laver que cette journée commence avec un pilote automatique qui décroche régulièrement dans cette houle bien formée. Il faut rester en permanence près des commandes pour rattraper quand ça se produit. Le vent tourne progressivement pour passer Ouest, toujours 25 noeuds. On est alors au portant et on s’écarte un peu Sud de la route souhaitée. On décide donc d’empanner en début d’après-midi pour remonter un peu au Nord et se recaler sur la route en attendant la bascule de vent prévu au Nord-Ouest dans les prochaines heures. Il faut faire le dos rond et attendre que ça passe. On est toujours sous pilote qui semble mieux tenir désormais et on fait des surfs dans une houle toujours bien formée.

Aujourd’hui on a avancé nos montres d’une heure pour la seconde fois depuis le départ. Il y a quatre heures de décalage entre les Antilles et les Açores. A bord, on résonne en heure UTC, autant pour communiquer avec Jérôme qui nous relaie la météo et des infos de routage depuis la terre que pour le livre de bord.

Dans l’après-midi, alors qu’Alain a pris la barre, il voit soudain notre bouée fer à cheval et notre perche IOR (matériel fixé au balcon arrière destiné à être balancer en cas d’homme à la mer) partir à l’eau. Aussitôt il met en route le moteur et nous crie. On se met alors en ordre de marche pour la manœuvre de récupération dans ces conditions pas évidentes. Lydie à la barre, Alain à la manœuvre des voiles et Isa avec la gaffe pour la récupération du matos. Après un empannage, on remonte au vent pour ensuite abattre vers la perche. On s’approche, première tentative, ratée ! Marche arrière à fond, deuxième tentative, encore ratée ! Marche arrière à fond contre la houle et le vent pour se positionner afin de revenir dessus à la voile en freinant avec la marche arrière, cette fois ça y est c’est récupéré. Ouf, grosse montée d’adrénaline. On se demande comment cela a pu arriver alors que ça n’avait jamais bougé après tant de milles parcourus dans des conditions parfois encore plus soutenues. Remis de nos émotions, la nuit débute toujours dans une houle et un vent peu propices au sommeil. En plus des conditions difficiles, en milieu de nuit un mail reçu d’un bateau copain parti 4 jours avant nous et qui se trouve à environ 150 milles dans notre NE vient semer l’inquiétude. Ils nous disent qu’ils ont évacué le bateau mais sans plus de précision. Terrible nouvelle, on n’en revient pas et on est très inquiets pour cette famille avec deux enfants. La nuit n’en finit pas dans l’attente d’autres nouvelles et on a enfin un mail au petit matin. Ils ont été récupérés par un cargo et sont donc en lieu sûr. Nous voilà soulagés mais tellement tristes pour eux. Quel déchirement cela a dû être de devoir abandonner le bateau.

JOUR 12 - mercredi 31 mai

La journée commence encore sous le choc de la triste nouvelle. Nous sommes toujours sous trinquette et GV 3 ris car le vent est toujours soutenu et la mer bien agitée. La journée se passe avec des moments d’accalmie toute relative. La mésaventure des copains est dans toutes les têtes et on ne peut s’empêcher de penser à eux. On essaie également de récupérer la dernière position connue de leur voilier car il pourrait se trouver sur notre route et présenter un danger potentiel. Difficile de savoir où il est exactement et même s’il est encore à flot.

Les infos météo du jour et conseils de routage de Jérôme nous suggèrent de ne pas trop remonter au Nord car la dépression qui nous malmène depuis lundi soir n’a pas fini de nous contrarier. Elle va prendre une trajectoire bizarre pour nous ramener à nouveau des vents forts à partir de vendredi. Il faut donc se positionner au mieux pour éviter de se prendre des vents trop forts. On commence à en avoir assez, décidément cette transat retour est loin d’être une partie de plaisir. On a hâte d’arriver mais il nous reste encore environ une semaine de mer.

JOUR 13 - jeudi 1er juin

Au fil de la matinée, le vent et la houle se calment un peu. On se fait moins secouer et on continue à bien avancer. On a parcouru 145 milles les dernières 24h. On profite de l’accalmie pour faire du pain et une bonne pizza mais aussi pour faire le plein de gasoil avec les bidons stockés dans les coffres. On espère ne pas en avoir besoin mais autant le faire quand ça ne bouge pas trop. En début de soirée, on affale la trinquette pour se mettre vent arrière avec le génois tangoné afin de prendre un cap au 120. Cette nuit il faut veiller à notre cap et ne pas remonter trop Nord pour ne pas se prendre des vents trop forts demain. L’allure est très inconfortable avec la houle qui malmène le bateau et fait claquer la bôme. On empanne vers minuit et on finit par enrouler le génois et lofer de 10° pour finir la nuit sous GV seule 1 ris.

JOUR 14 - vendredi 2 juin

Au lever du jour, un vent soutenu s’est établi Sud-Ouest, on prend le second ris et on envoie la trinquette. Le vent forcit comme prévu et on ne tarde pas à prendre le 3ème ris dans la GV. La journée se passe ainsi dans 18 à 25 noeuds de vent, au portant, sous le soleil, à se relayer à la barre, faisant parfois de beaux surfs dans la houle. Record à battre : pointe à 12,4 noeuds enregistrée au GPS. On avance à nouveau nos montres d’une heure. On se remet sous pilote automatique pour la nuit mais vigilance maximale car parfois une vague plus grosse que les autres lui fait perdre les pédales. Il faut alors reprendre la main très vite pour rétablir la situation. La lune, désormais presque pleine, nous offre un beau projecteur lorsqu’elle n’est pas cachée par les nuages.

JOUR 15 - samedi 3 juin

La matinée débute dans les mêmes conditions, sous le soleil mais les températures sont fraîches. On est désormais en salopette et veste la plupart du temps. Le vent et la houle diminuent dans l’après-midi et on lâche le 3ème ris. Aujourd’hui des dauphins sont venus nous rendre de courtes visites à deux reprises. Ce sont de petits dauphins avec des petites tâches blanches sur le dos. Ce sont les seuls mammifères marins que nous ayons vus pour le moment depuis les Îles Vierges. La soirée commence, il nous reste moins de 500 milles à parcourir mais la météo annoncée ne nous permettra pas d’avancer en route directe. Une grosse dépression centrée à l’Est des Açores (on saura plus tard qu’elle se nomme « tempête Oscar ») devrait nous amener des vents soutenus de Nord-Est pour la fin de la traversée. En début de nuit, on aperçoit des éclairs droit devant, on lofe un peu pour se décaler et ça passe rapidement. A nouveau en vent arrière, la trinquette ne tient plus avec la houle trois quart arrière et nous l’affalons pour rester sous GV seule pour la nuit. Celle-ci passera bien éclairée par la lune quand des nuages ne viennent pas tout gâcher en nous gratifiant en prime d’une averse.

JOUR 16 - dimanche 4 juin

Au petit matin, nous tangonons le génois pour faire route en vent arrière. Empannage en fin de matinée et une heure plus tard nous sommes contraints de mettre le moteur faute de vent. Cela durera le reste de la journée et toute la nuit.

JOUR 17 - lundi 5 juin

Dans la matinée, on alterne voile et moteur. Vers midi, on fait cap au 45 sous GV et génois, mais le vent tourne doucement Nord et vers 16h nous ne parvenons plus à faire un cap supérieur à 350°, c’est donc le moment de virer. Cela doit être notre dernier virement avant l’arrivée. Un long bord de près de 3 jours nous attend ! Nous faisons un bon cap en route vers Horta mais rapidement le vent monte et la houle augmente. Nous envoyons la trinquette et enroulons le génois. Nous sommes au près serré, c’est bien inconfortable et dire que c’est parti pour 3 jours. On prend un second ris et le bateau tape dans les vagues alors que la nuit commence. Viennent alors 4h difficiles, ça tape, ça gîte fort. Vers 2h du matin, ça se calme enfin un peu et on relâche le second ris pour renvoyer plus de GV.

JOUR 18 - mardi 6 juin

Au matin, il nous reste 250 milles à parcourir. Encore 2 nuits au près. Il ne faut pas lâcher et tenir le cap malgré la gîte et la houle de face. Vers 7h, on remet de la toile à l’avant pour mieux passer les vagues. On n’a fait que 108 milles en 24h. La météo prévoit un vent plus Nord pour la nuit prochaine, ce qui devrait être légèrement plus confortable, on l’espère et nous permettre de faire cap direct car pour le moment on est trop Sud. La vie à bord va à l’essentiel : essayer de se reposer, manger des sandwiches, veiller à la météo et tenir le cap. La météo nous informe d’une grosse dépression actuellement à l’Est des Açores qui ramène des vents forts, voire très forts sur Horta et les Açores en général. Cette tempête Oscar va toucher également Madère, l’Espagne et le Portugal. Heureusement que nous sommes encore à plus de 200 milles. Ça sera calmé quand on arrivera. En fin d’après-midi, on aperçoit des dauphins au loin sur tribord qui sautent et viennent droit vers nous. Ils viennent jouer autour du bateau pendant quelques minutes. Instants magiques comme pour nous encourager dans ces conditions difficiles. La nuit commence sous un magnifique ciel étoilé sous GV 1 ris et génois mais vers 23h, il nous faut remettre la trinquette, le vent étant à nouveau monté. Il tourne également Nord, ce qui nous arrange pour nous rapprocher de la route directe pour Horta. Deux oiseaux, probablement des puffins, accompagnent de près le bateau dans la nuit pendant un bon moment. En milieu de nuit, on prend le second ris et ça continue de taper régulièrement dans les vagues. Vivement que ça se calme vraiment car c’est usant.

JOUR 19 - mercredi 7 juin

Au matin ça semble vouloir se calmer et à la mi-journée on renvoie toute la toile. Il fait frais, on ne quitte plus nos vestes et nos salopettes mais c’est grand soleil. Un groupe de dauphins arrive, ils jouent un peu dans l’étrave et sautent en nous poursuivant avant de disparaître. C’est l’heure du dernier coucher de soleil un peu voilé par les nuages et du dernier apéro de cette transat. On se dit que demain à cette heure là on sera certainement chez Peter devant un bon steak frites. Peter (ou Café Sport) est un café mondialement connu par les navigateurs, passage obligé pour tous ceux qui font escale à Horta. Dernière cuisson de pâtes pour un repas encore en mode penché. Les derniers quarts de nuit vont commencer et les dauphins accompagnent encore le bateau, alors qu’il ne fait pas encore nuit noire mais plus vraiment jour non plus. Le ciel se dégage en partie pour nous permettre d’observer les étoiles et laisser la lune nous éclairer en deuxième partie de nuit. On finit la nuit à bonne allure, cap direct sur Horta et on commence à guetter l’horizon en espérant y voir bientôt la terre.

JOUR 20 - jeudi 8 juin

Lever du jour, on trace maintenant direct sur Horta à 5,5 de moyenne, toujours au près. C’est avant 8h que l’on commence à voir la terre. Cette fois ça y est, c’est le jour J ! Dans quelques heures on sera à Horta et les sourires se lisent sur nos visages fatigués. Les îles sont dans les nuages mais à mesure que l’on avance, on distingue l’île de Pico plus au Sud et celle de Faial que nous visons. En s’approchant, on découvre le paysages des Açores, son relief volcanique, ses pentes bien vertes et son climat tempéré. Nous voilà de retour en Europe. A 11h45, déventé par le relief de l’île, nous enroulons le génois et allumons le moteur. Il est midi quand nous affalons la grand-voile devant le port d’Horta, puis on va s’amarrer à couple le long du quai près du ponton d’accueil pour essayer d’obtenir une place au port qui semble bondé. Beaucoup de bateaux sont aussi au mouillage.

Malheureusement l’officier de port nous informe qu’il nous faut aller au mouillage et nous inscrire sur la liste d’attente pour une place. C’est un peu la déception mais on remet le moteur en marche pour aller mettre l’ancre à une centaine de mètres.Dernière péripétie : au moment de descendre l’ancre, le barbotin est coincé, trop salé. Rinçage à l’eau douce et c’est bon, on peut mettre l’ancre. Cette fois ça y est, on peut descendre à terre et aller manger notre steack frites au Café Sport chez Peter.

Café Sport chez Peter à Horta

LA VIDEO

BILAN DE CETTE TRANSAT

– 19 jours, 23 heures et 45 minutes de navigation

– 2430 milles parcourus (2200 en route directe)

– 50h10 de moteur

– vitesse moyenne de progression : 5 nœuds (VMG de 4,6 noeuds)

– 132 litres d’eau des réservoirs utilisée

– 3 pains, 2 pizzas et 2 flamenkuches réalisés

– des centaines de méduses croisées, drôles d’animaux flottants appelés physalie ou encore galère portugaise

– aucun voilier croisé (un seul détecté à l’AIS) mais une dizaine de cargos

Cartographie de nos grandes traversées

Zoomez dans la carte pour consulter la route réelle de notre transat retour issue des relevés GPS journaliers

Vous pouvez afficher la carte en pleine fenêtre et cliquer sur les points pour accéder aux détails de chaque position.

REMERCIEMENTS

Un grand merci à Jérôme, qui durant toute cette traversée, deux fois par jours, nous a envoyé son analyse météo, ses conseils de routage et autres conseils avisés. C’est vraiment une aide très appréciable, en particulier sur cette transat retour où la météo n’a pas été facile. D’une part, c’est rassurant d’avoir quelqu’un à terre qui veille avec des sources d’information météo beaucoup plus larges que ce que nous pouvons recevoir avec l’Iridium. D’autre part, il a un recul et une lucidité dont nous pouvons parfois manquer à bord, dans le feu de l’action, particulièrement quand les conditions sont difficiles et que la fatigue s’est accumulée.


5 commentaires

Globevogueuses · 05/02/2024 à 14:02

Merci Jacques pour ton commentaire. En effet, aux dires de ceux qui avaient déjà l’expérience des transats, il semble que la météo soit maintenant bien plus capricieuse. Les périodes propices aux traversées connues de longue date, semblent désormais beaucoup plus sujet à des aléas météo. Fin 2023, début 2024, les alizés ont bien du mal à s’établir et les candidats à la transat aller en font les frais rencontrant même des vents contraires. J’ai entendu la demande pour la carto précise de notre trajet et je l’ai ajouté en fin d’article (carte générée à partir de pointages GPS journaliers). Bonne préparation pour la future transat retour.

Jacques Lacombe · 17/01/2024 à 10:28

Bonjour,j’ai beaucoup aimé votre relation de transat :pas de prise de tête ,factuelle,et humaine.moi-même je m’apprête à ramener mon bateau en mai et votre récit me confirme que les conditions actuelles sont plus dures qu’avant,ce que l’on voit déjà sur une transat aller et des nav dans les caraîbes.mes deux précédentes b transat retour en 1996 et 2006 étaient plus cools. une chose cependant que j’aurais souhaité une carto de votre trajet pourrait être une info précieuse. merci et bons vents ,Jac

Globevogueuses · 15/06/2023 à 15:46

Merci Philippe pour ton message. Pas de conférence prévue non mais on sera ravi d’échanger sur cette expérience extraordinaire. Au plaisir de faire ta connaissance à notre retour.

Pouvillion · 12/06/2023 à 19:15

Un grand bravo, qui me laisse admiratif devant une telle navigation, les reports de Joël nous ont permis de suivre votre progression, via le wazap boulogne plaisance ….avez vous le projet d une conférence ? y participerai avec plaisir …
Bon retour à vous , espérant vous croiser sur les pontons …
Philippe [pêche promenade “Le Grand Raoul”] navigateur occasionnel ….

Tour de l’Atlantique : l’aventure – Globevogueuses · 12/06/2023 à 15:03

[…] Récit et vidéo de notre transat retour […]

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