- Récit de traversée -

727 milles en 6 jours et 15h30

Du jeudi 10 au jeudi 17 novembre 2022

Après quelques jours passés à El Hierro et plus d’un mois aux Canaries, nous sommes reposées et prêtes pour profiter de la fenêtre météo clémente qui se présente pour traverser vers le Cap-Vert, objectif île de Sal.

JOUR 1 - 10/11/22

Jeudi 10 novembre 2022 10h, nous larguons les amarres de Puerto Estaca sur l’île d’El Hierro. Nous quittons ainsi les Canaries afin de rallier le Cap-Vert par un vent de NE force 4. Un peu de tension dans l’air, il faut dire que ce sera notre plus longue navigation jamais effectuée, c’est parti pour environ une semaine de mer. Soucieuses de ménager notre monture et son équipage, nous avons deux ris dans la grand voile dès le début. On envoie le spi en début d’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit, où nous mettons le génois. Premier coucher de soleil de la traversée et nous ne distinguons déjà plus la terre. Nous réchauffons notre gratin de crozets préparé la veille. La lune presque pleine ne tarde pas à apparaître mais joue à cache-cache avec les nuages d’un ciel qui se couvre. Les premiers quarts de nuit s’enchaînent et en fin
de nuit, le vent forcit un peu et l’on réduit le génois.

JOUR 2 - 11/11/22

La nuit a été plus ou moins agitée avec cette petite houle trois-quart arrière. Le soleil a du mal à percer et les panneaux solaires ne chargent pas suffisamment pour recharger les batteries descendues à 68% en fin de nuit. Espérons que ça s’améliore dans la journée.
En début d’après-midi le vent faiblit légèrement et nous renvoyons un peu de génois. A 16h, nous envoyons le spi enroulable jusqu’à la nuit où nous faisons deux heures de moteur pour recharger les batteries, le soleil n’ayant finalement pas vraiment percé de la journée. Le vent de NE nous porte jusque 4h du matin. Le début de nuit nous offre un ciel étoilé d’une grande beauté avec son lot d’étoiles filantes.

JOUR 3 - 12/11/22

C’est une journée de pétole qui commence où nous avancerons au moteur jusque 18h40. Belle journée ensoleillée, mer calme qui permet à l’équipage de se reposer malgré le ronron du moteur. Farniente, douche à l’eau de mer sur la plage arrière, lecture et épissures pour protéger la drisse de spi sont au programme. Plus de 48h que nous avons quitté El Hierro et nous n’avons encore vu aucun bateau et très peu de signe de vie, à peine quelques oiseaux et 2 ou 3 mammifères marins non identifiés car trop loin de nous.
Nous sortons enfin de la pétole à la nuit tombante. C’est toujours un grand plaisir de couper le moteur surtout après une journée entière, même si nous avançons lentement à environ 2 noeuds par un vent léger de Nord-Ouest.
Une nouvelle nuit commence avec un ciel d’abord plein d’étoiles qui va se couvrir avant que la lune n’apparaisse à l’horizon pour nous éclairer une bonne partie de la nuit.

JOUR 4 - 13/11/22

On découvre sur le pont notre premier poisson volant. La nuit le vent s’est établi au Nord, nous obligeant à faire une route trop Est et nous décidons dans la matinée de tenter une configuration de voiles que nous n’avons jamais testée. Il s’agit de mettre les voiles en ciseaux afin de naviguer en vent arrière, mais en tangonant le génois afin de le maintenir en place malgré la houle (le tangon est un bras qui permet à la voile d’avant de tenir en place en vent arrière, il est habituellement utiliser pour le spi). La manœuvre que nous avions répétée au port se passe comme prévue et nous permet désormais de faire route directe sur l’île de Sal.
La journée se passe tranquillement par vent de 3 à 4 stable en direction (Nord). En fin de journée, on aperçoit au loin un banc de dauphins, on se dit qu’ils doivent être en chasse et on décide de tenter de pêcher nous aussi. La ligne à peine à l’eau, Isabelle pense apercevoir un requin et remonte la ligne vite fait. Une autre tentative nous ramène une trop petite dorade coryphène que nous relâchons aussitôt. Au menu ce soir ce sera donc sardines en boîte (avec pain maison tout de même). Le début de nuit débute par la contemplation d’un superbe ciel étoilé. Il va nous falloir surveiller le niveau de nos batteries qui n’ont pas trop chargé aujourd’hui. Le ciel était couvert ce matin et le soleil est arrivé ensuite mais les voiles en ciseaux mettent complètement à l’ombre les panneaux solaires lorsque le soleil est orienté Sud.

JOUR 5 - 14/11/22

En vent arrière avec la houle, le bateau tangue pas mal et il est difficile de trouver le sommeil. A 1 h du matin, à l’occasion d’un changement de quart, on réduit un peu le génois. Pas vraiment la solution miracle pour un meilleur sommeil ! Au matin nos batteries sont descendues en dessous de 50%. Cependant le soleil orienté Est pour le moment permet d’étaler notre consommation. Nous attendrons donc l’après-midi, lorsque les panneaux seront complètement à l’ombre des voiles en ciseaux pour faire un peu de moteur. En attendant on s’amuse de regarder quelques oiseaux en chasse derrière les nuées de poissons volants. Nous avons alors  parcouru plus de 450 milles, il en reste 300 ! Un groupe de nombreux dauphins nous rend visite et joue de longues minutes près de notre étrave. Nous sommes ravies, car cela dure assez longtemps pour que l’on puisse passer un moment à l’avant du bateau pour les observer de près. La journée se terminera tranquillement en cap direct avec un bonne odeur de pain chaud dans le bateau mais toujours pas de poisson frais au menu.

JOUR 6 - 15/11/22

Vers 1h du matin, nous croisons enfin notre premier bateau, un voilier norvégien qui fait probablement route vers le Cap-Vert lui aussi. Bien décidée à pêcher, Isabelle met la ligne à l’eau dès le début de journée. Une première dorade mort et catastrophe, elle se décroche à 2 mètres du bateau. Qu’à cela ne tienne, elle remet la ligne. Il faudra peu de temps pour qu’une autre dorade se laisse prendre et soit ramenée à bord cette fois. Il est alors 11h. Juste le temps de tirer des filets et de les préparer en papillotes avec carottes et courgette pour se régaler au repas de midi. L’après-midi se passe en partie à jouer à déplacer les panneaux solaires pour essayer d’optimiser la charge. Mission en partie réussie même si nous devons tout de même faire un peu de moteur en fin de journée. A 18h, nous avons parcouru 600 milles et nos calculs nous prédisent une arrivée dans la nuit de mercredi à jeudi. Cette perspective ne nous réjouit pas car mouiller dans un endroit inconnu qui plus est dans un pays inconnu dont on ne sait pas si les pêcheurs posent des casiers ou des filets n’est pas forcément conseillé. J’en profite ici pour remercier notre ami Joël qui nous prodigue ses précieux conseils et que nous avons alors contacté par SMS grâce à l’Iridium pour avoir son avis. Il connaît très bien l’endroit pour y être venu à de nombreuses reprises avec son bateau. Selon lui, il n’y a pas de difficulté particulière et ça ne pêche qu’en barque.
Le vent faiblit un peu dans la soirée mais on continue d’avancer en route directe à plus ou moins 3,5 noeuds de vitesse.

JOUR 7 - 16/11/22

Un superbe ciel étoilé pour commencer la nuit avant que la lune ne se lève devient une habitude dont on ne se lasse pas. Vers 3h du matin, nous voyons notre premier cargo de la traversée qui passe à 5 milles de nous. Le jour levé, nous ramassons poissons volants et calamars suicidaires qui sont venus atterrir sur notre pont dans la nuit. La pêche ne donne rien ce matin mais à la mi-journée nous observons 4 globicéphales qui passent près du bateau. Ce sont toujours des grands moments même quand c’est très bref comme cette fois. Nous commençons également à voir nos premières sargasses. Plus tard en fin de journée, on traverse un banc de bonites que l’on voit sauter hors de l’eau. Ni une ni deux, on met la ligne à l’eau. Malheureusement on voit le banc s’éloigner sans en pêcher aucune. C’est l’heure du dernier coucher de soleil de la traversée. Le vent faible nous pousse tranquillement vent arrière vers Sal que nous avons hâte de découvrir. A 20h15, nous apercevons dans la nuit les premières lueurs de l’île de Sal qui est maintenant à moins de 20 milles. La nuit est noire et à mesure que l’on s’approche on distingue les lumières des villes puis les ombres des reliefs. Il est plus de minuit quand nous mettons le moteur en route pour les 4 derniers milles que nous avons à parcourir. On identifie maintenant certains feux vert et rouge de l’entrée de Porto Palmeira. On sait qu’il y a aussi des bouées non éclairées et des tonnes servant à l’amarrage des tankers alors on avance lentement. Et là stupeur ! Un cargo est au mouillage non loin de l’entrée avec un simple feu blanc à peine visible. Nous passons près de lui et nous engageons dans le chenal d’entrée. On repère rapidement les voiliers au mouillage et on décide de mettre l’ancre juste à l’entrée sans essayer d’avancer plus. On verra cela demain quand il fera jour. Il est 1h30 du matin, nous avons parcouru 727 milles depuis les Canaries en 6 jours 15h et 30min. Après une bonne nuit, nous découvrons le paysage et bougeons pour ancrer bien plus près de la plage avec l’aide d’un local qui nous aide à nous frayer un passage au milieu des nombreux bateaux au mouillage.

7 commentaires

Michael · 25/11/2022 à 14:15

Merci pour cela et en anglais… je fais du bon franglais…. Passez un merveilleux passage et j’ai hâte de vous voir là-bas

Globevogueuses · 24/11/2022 à 15:15

Hello Michael, thank you for your message. We will be in the West Indies from January, do not hesitate to follow us on Instagram #globevogueuses and contact us as soon as we are in the same area as you. We would be delighted to meet you. So see you in the West Indies and good trip to you.

Michael · 22/11/2022 à 21:45

Vincent and Chris gave me your address and I congratulate you both on a brilliant web site and for such a brave voyage to the Cape Verdes… Have a wonderful crossing to Les Antilles.. i kept my Beneteau 323 Golden Haze in Napoleon but was away sailing when you were there so I never met you. I am putting my boat on a cargo ship in early December and it will be ‘splashed’ in Antigua mid December and I will sail her south to Le Marin Martinique for after Christmas so if you pass that way please come by and say hi! My Youtube channel is Sailing Gently @SailingGently. would love to meet up with you both.
bon vent
Michael

Globevogueuses · 21/11/2022 à 21:40

Salut Vincent. Pour nous l’hiver ne se finit pas, c’est top ! On vous embrasse depuis Palmeira où on découvre l’extrême gentillesse des Cap-Verdiens

Globevogueuses · 21/11/2022 à 21:38

Oui Papillon, on vit une superbe aventure. On vous envoie du soleil et des bonnes ondes du Cap-Vert.

Papillon · 21/11/2022 à 11:25

Bonjour,
Sympa votre croisière et merci de la partager sur votre blog.
C’est vraiment l’aventure et le grand plaisir de naviguer.
Bravo et Bonne nav pour la suite du voyage

Anita Jean Claude Voilier Papillon

Vincent · 19/11/2022 à 23:26

Merci pour la balade et les images ! Ici l’automne s’est finalement installé. On vous embrasse bien fort !

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