- Croisière de l'été 2021 -

2ème partie : de Port-Louis à Boulogne

Après une première partie de croisière qui nous a menés jusque Port-Louis, dans la rade de Lorient, découvrez à travers cet article la suite de notre voyage pour revenir à Boulogne.

Le récit de la 1ère partie avec les 6 premières étapes, c’est par ici.

Visualisez notre parcours

7ème étape : Port-Louis - Doëlan

 4h de navigation

18 milles nautiques

Après une journée de repos bien méritée à Port-Louis, nous reprenons la mer le dimanche 9 août pour une courte navigation qui nous emmène, après quelques bords de près par vent léger de Sud-Ouest au charmant port de Doëlan. C’est un plaisir de naviguer dans la rade de Lorient par ce temps. Il y a du monde sur l’eau. Ça nous change du Pas-de-Calais !

Chenal de Lorient très fréquenté
L'équipage dans la rade de Lorient
A la sortie de la rade
Nous croisons de beaux voiliers

A l’arrivée à Doëlan, nous nous accrochons aux bouées visiteurs positionnées dans l’entrée. En effet, impossible pour les quillards comme nous de rentrer vraiment dans le port d’échouage. C’est donc un mouillage de beau temps soumis à la houle qui peut vite devenir inconfortable. On s’accroche avant et arrière avec l’aide de l’agent du port.

Jolie côte à l'approche de Doëlan
Entrée de Doëlan vue du ciel
Maracuja à la bouée à Doëlan
Balade à Doëlan
Le long du sentier côtier
Sentier entre corniches rocheuses et sous bois
Phare rouge vue de la rive Est
Phare vert vu de la rive Ouest

Nous finirons la soirée sur le Feeling d’Alain et Monique rencontrés quelques heures plus tôt alors qu’ils attendaient à la bouée que l’eau monte pour aller mouiller leur dériveur à l’intérieur du port. Le retour au bateau se fera en paddle sous la pluie et la nuit se passera bercée par la houle résiduelle.

Maracuja au mouillage soumis à la houle du large

8ème étape : Doëlan - Penfret (archipel des Glénans)

  6h05 mn de navigation

28,2 milles nautiques

C’est à 11h40 le lundi 10 août que nous lâchons les bouées de Doëlan non sans mal, le vent nous plaquant contre le cordage tendu entre les bouées, rien de tel pour se le prendre dans l’hélice. Nous voulons profiter de la bonne fenêtre météo des jours à venir pour passer quelques jours dans l’archipel des Glénans. Par de port dans cet archipel aux eaux bleu turquoise situé au large de Concarneau. Nous avons le choix entre les mouillages réglementés sur bouées mais mal orientés par vent de Nord Ouest (comme prévu ces jours-ci), ou mouillage sur ancre à condition de trouver une zone abritée des vents et où la hauteur d’eau sera suffisante à basse mer. Nous décidons d’aller mettre l’ancre à l’Est de l’île de Penfret, île où est installée la très connue école de voile des Glénans. Nous tirons des bords toutes voiles dehors et abordons Penfret par le Nord Est en fin d’après-midi.

Archipel des Glénans en vue
A l'approche de Penfret

On aperçoit au loin les nombreux mâts des bateaux déjà au mouillage. On s’approche au maximum sous voiles puis affalons pour avancer au moteur au milieu des voiliers au mouillage pour tenter de trouver une place. Impressionnant le nombre de bateaux, on se croirait en Méditerranée ! Seulement nous sommes en Bretagne et le marnage complique les choses. Il faut trouver une place où la hauteur d’eau sera suffisante à basse mer, puis à la fois mettre assez de chaîne pour tenir à marée haute sans se retrouver sur les bateaux voisins quand le niveau d’eau baisse. Le marnage est de 4 mètres en ce coefficient de 88. Ayant ces paramètres en tête, la tablette sous les yeux pour scruter la cartographie et les fonds, les informations de profondeur au sondeur, il « suffit » alors de calculer rapidement la hauteur d’eau à marée basse et jauger la bonne distance à laisser avec les autres bateaux. Tout cela sans laisser dériver le bateau sans quoi vous êtes bon pour refaire un tour pour vous repositionner. Ce petit jeu va durer un certain temps avant de trouver enfin un trou de souris où poser notre ancre au milieu du mouillage. Il est alors 17h45. Le temps de ranger le bateau et c’est l’heure de l’apéro devant un magnifique couche de soleil.

Mouillage de Penfret encombré vu du ciel
Pointe Nord de Penfret
En premier plan, Maracuja au mouillage à Penfret
Coucher de Soleil sur Penfret

Journées off aux Glénans

Nous comptons bien profiter de ces quelques jours de météo clémente pour découvrir de plus près les richesses de cet archipel.

Nous avons été rejoints au mouillage par un bateau copain, frère jumeau de Maracuja, Contango et son capitaine Alain ont mis l’ancre à quelques encablures de nous. Nous ferons un petit bout de route ensemble.

Quelques belles images du mouillage et de notre balade sur Penfret.

La journée de mardi sera bien remplie entre balade sur Penfret, partie de pêche en annexe où on y laissera une ligne sans rien pêcher, et la pose de notre casier que nous relevons le lendemain matin.  Sacrée prise ! Nous remontons un énorme poulpe. On se demande ce qu’on va en faire et surtout comment on va le sortir du casier. Ses grosses tentacules se déploient hors du casier et viennent se coller à tout ce qu’elles peuvent. On finira par trouver des amateurs de poulpe, des plaisanciers du Sud-Ouest à qui nous transférons le casier avec le poulpe dedans en leur laissant le soin de l’extraire. En échange, nous récupérons trois grosses vieilles qui nous serviront d’appâts pour les prochaines pêches. Le soir même, on pose le casier à un autre endroit et cette fois ce sera bingo ! Notre plus belle pêche à ce jour : trois araignées et un homard. Après vérification de la taille réglementaire qui se mesure à la longueur du céphalothorax (tête) pour le homard qui doit être d’au moins 8.7 cm, nous nous empresserons de les cuire avant le départ pour l’île de Sein.

Immenses tentacules
Le poulpe extirpé du casier
Une partie de notre belle pêche
Vérification de la taille
Découpe d'une vieille pour appâter

Nous profitons également du beau temps pour une escapade en annexe dans l’archipel en compagnie d’Alain. On fera un stop sur l’île de Guiriden, langue de sable blanc aux eaux turquoise. Parfum d’Antilles. Malheureusement la température de l’eau n’y est pas la même. La baignade, ce ne sera pas encore pour cette fois. Nous allons ensuite nous balader sur l’île principale de Saint-Nicolas. On aurait pu venir mouiller sur une des bouées des deux mouillages organisés de l’île (celui de la Pie et celui de la Chambre), mais lorsque l’on voit le monde sur l’île où arrivent les navettes du continent et le nombre de bateaux, on ne regrette pas d’être sur ancre à Penfret.

Guiriden une impression d'Antilles
Langue de sable au milieu de l'archipel
Depuis l'île principale de Saint Nicolas
Le mouillage de la Chambre depuis Saint Nicolas
Panorama avec de part et d'autre les 2 mouillages de l'île Saint Nicolas (la Chambre à droite et la Pie à gauche)

Le dernier soir, nous profitons de l’apéro à bord de Contango pour affiner nos savants calculs pour fixer l’heure de départ le lendemain pour l’île de Sein. Le problème est le suivant : le Raz de Sein étant une zone de fort courant et que nous sommes en période de vives eaux, il est préférable d’arriver à l’étale qui dure environ 30 minutes. Sachant que le courant sera favorable entre 14h30 et 20h30, que la pleine mer à Sein sera à 21h04, que nous avons environ 45 miles à parcourir avec un vent très léger prévu de SW, à quelle heure faut-il partir ? Après quelques discussions, nous nous mettons d’accord pour une heure de départ théorique à 13h mais on prendra une marge d’une heure donc c’est décidé, nous lèverons l’ancre à midi.

Brouillon du capitaine pour préparer la navigation vers l'île de Sein.

9ème étape : Penfret (archipel des Glénans) - Ile de Sein

  9h20 mn de navigation

44,7 milles nautiques

Ce vendredi 13 août, nous levons l’ancre comme prévu à midi. Le vent est faible et nous contournons Penfret au moteur. Nous naviguerons en escadre avec Contango. C’est une belle journée ensoleillée, la mer est calme, mais nous manquons de vent et nous nous éloignons des Glénans pour un cap direct au moteur pour passer la Pointe de Penmarc’h. On essaie de marcher à la voile à partir de 15h45. On double la pointe sous voiles  peu de temps après 16h, et donc dans le timing qu’on s’est fixé. On distingue bien le phare d’Eckhmul, on est avec le courant et on avance entre 4 et 5 nœuds. A cette vitesse, on n’arrivera pas à Sein dans les temps. On décide de remettre le moteur pour arriver de jour et avant que le courant ne reparte pleine balle. Il est 17h40.

On quitte les Glénans
Maracuja au moteur
Bord à bord avec Contango
Phare d'Eckmühl

On profite du beau temps et du calme pour faire du pain (voir notre recette de pain à l’eau de mer ici). On aura ainsi du pain frais pour déguster les fruits de notre pêche en arrivant. On se rapproche de l’île de Sein qui se trouve dans le soleil descendant. A 20h33, nous avons le chat dans le travers babord, il s’agit de la bouée qui balise les dangers au sud de l’île. Nous sommes à l’affût pour repérer la balise rouge qui indique l’entrée du chenal Oriental que nous devons emprunter. Il est 20h40 quand nous l’avons dans notre travers et qu’il faut prendre un cap au 270° pour viser la passe étroite entre tous les cailloux qui parsèment les abords de l’île. Nous avons le soleil en pleine face et impossible de distinguer les alignements que nous avions repérés sur les cartes. Il est alors difficile de ne pas se laisser dériver vu le courant dans les parages malgré l’horaire proche de l’étale. On est alors bien soulagées de pouvoir faire appel à la cartographie électronique et au positionnement GPS.

Notre pain à l'eau de mer
Raz de Sein en vue
On sort le compas de relèvement à l'approche de Sein
Maracuja en approche dans le soleil
Lunettes de soleil de rigueur pour une arrivée face au soleil couchant
Sein

On passe à proximité de la cardinale Ouest Ar Vouzerez et on tourne à babord pour tenter de mettre l’ancre près du môle du Guernic. Impossible pour des quillards comme Contango et nous qui tirons 1m80 de profiter du port d’échouage. Quatre voiliers et la vedette SNSM sont déjà au mouillage près du môle et il nous est impossible de mettre l’ancre. On va donc mouiller dans l’anse située au Nord-Est de l’île à proximité du grand phare. C’est magnifique ! On s’approche au maximum de la plage pour s’abriter le plus possible de la petite houle de Nord-Ouest. A 21h20, nous mettons l’ancre dans 7m80 d’eau après un petit calcul qui nous confirme qu’il restera suffisamment de fond à marée basse.

On met l'ancre face au grand phare
Le grand phare juste avant la nuit
Le grand phare allumé au clair de lune

La nuit est tombée, on reste un peu dehors pour profiter de la majesté de l’endroit bercé par le feu du grand phare. La journée se termine avec la dégustation de notre homard et de notre pain maison. La houle se calmera pour une nuit paisible.

Homard pêché du jour et pain maison au menu

Journée off à l'île de Sein

En cette veille du 15 août, nous nous levons pour découvrir en plein jour l’environnement de notre mouillage. La météo est idyllique et le cadre est grandiose. On se sent tout petit dans ce décor majestueux. Mer d’huile et grand soleil, les conditions parfaites pour mouiller à Sein. Nous mettons pied à terre et partons visiter cette île au relief quasi inexistant. Un sentiment de bout du monde règne ici, avec son hôtel au slogan évocateur : « Dernier hôtel avant l’Amérique ». Le village est typique avec ses ruelles étroites et ses maisons colorées. Nous passons une journée mémorable dans cet environnement singulier et elle se finit de belle façon avec un barbecue au pied du grand phare éclairé à la lampe. On mesure alors d’autant plus la chance que l’on a d’être là, seuls au bout du monde à une heure où les visiteurs d’un jour ont quitté l’île. Demain ce sera notre tour avant que ce coin de paradis ne devienne un enfer au vu des conditions météo annoncées. Nous ne profiterons donc pas du feu d’artifice seintois et c’est plutôt un départ aux aurores qui nous attend pour aller se mettre à l’abri au port. Nous avons décidé de quitter Sein dès que le jour se lève pour arriver à Camaret avant que le vent ne souffle trop.

Notre escale à Sein en images

10ème étape : Ile de Sein - Camaret

  4h50 mn de navigation

22,9 milles nautiques

Après une deuxième nuit tranquille, le réveil sonne tôt et nous attendons que le jour se lève pour nous permette de bien distinguer le balisage pour quitter l’île par le chenal d’An Ezodi (au Nord). On allume le moteur à 6h40, et après avoir relevé l’ancre et hissé la grand voile, nous suivons scrupuleusement l’alignement par l’arrière du phare de Men Brial avec la maison au repère noir et blanc. Un vent de Sud-Ouest force 3 nous permet de couper le moteur très rapidement avant même d’être sortie du chenal. Cette route nous fait contourner l’île de Tevennec et son célèbre phare par l’Ouest. Il est déconseillé de fréquenter ces parages par vent soutenu sous peine de se faire sévèrement secouer. Nous suivons un cap à 15° par vent de travers et nous pouvons rapidement confirmer que la zone est agitée par ce vent forcissant de Sud-Ouest. On abat ensuite pour se diriger vers la cardinale Basse du Lis située dans le prolongement des tas de poids de la presqu’île de Crozon. Nous observons quelques dauphins et atteignons 6,8 nœuds de vitesse. Nous abattons pour nous retrouver au grand largue dans un vent soutenu afin de viser le chenal du Petit Leac’h  et aller contourner la pointe du Toulinguet. Le vent refuse et nous faisons un grand bord avant d’empanner pour faire route sur Camaret.

A l'approche de la pointe du Toulinguet
Les tas de pois
A l'approche de Camaret
Mouillage de la baie de Camaret

Nous enroulons le génois face à la jetée. Il est temps d’arriver car le vent a encore forci. Petite frayeur lorsque le moteur refuse de démarrer. Nous manœuvrons sous grand-voile seule avant de parvenir à démarrer et pouvoir rentrer à port Vauban où nous nous amarrons à couple de Contango. Il est 11h30 et le port est blindé par ce mauvais temps, ce qui n’empêche pas les voiliers locaux de la parade du 15 août de manœuvrer pour nous offrir un joli spectacle. Nous profiterons de l’après-midi pour aller nous balader sur les quais et profiter des festivités.

Deux frères jumeaux à couple à Camaret
Parade du 15 août dans la rade de Camaret

Nous sommes désormais en veille météo pour scruter le créneau qui pourrait nous permettre d’aller faire escale à Ouessant. Mais c’est encore une autre histoire.

Journée off à Camaret

Le soir, le vent s’est calmé mais la météo du lendemain ne sera pas favorable pour une navigation vers Ouessant. Nous restons donc au port et cette journée nous laisse le temps de faire un peu de lessive, de nous ravitailler en nourriture, eau et gasoil. C’est la première fois que nous ferons le ravitaillement de gasoil en vélo, la pompe du port étant HS. On découvre également, entre deux averses, les charmantes ruelles de la ville et ses nombreuses galeries d’art.

Baie de Camaret
Plein de gasoil en vélo à Camaret

Et nous nous plongeons évidemment dans les cartes et guides nautiques pour étudier notre prochaine navigation. Aller à Ouessant, c’est comme aller à Sein, ça se mérite et il faut que les conditions s’y prêtent pour atteindre ce bout de terre le plus à l’Ouest du vieux continent. Les vents de Nord-Ouest 4 à 5 annoncés le lendemain ne sont pas idéaux mais doivent tout de même nous permettre de rejoindre Ouessant et de mouiller dans des conditions acceptables, le vent devant baisser 3 à 4 pour la nuit. Pas de port sur l’île, il faut donc choisir le mouillage le plus abrité. Ce sera la baie de Lampaul où l’on espère que la houle ne rentrera pas trop, et où il y a des coffres pour s’amarrer. Reste à déterminer l’heure de départ en fonction des courants. Nous partirons un peu avant la marée haute pour profiter du courant de jusant qui nous poussera vers la chaussée des Pierres Noires. C’est une navigation mythique qui nous attend aux noms évocateurs pour tous les passionnés de navigation : Molène, Ouessant, phare des Pierres Noires, phare de la Jument, passage du Fromveur.

11ème étape : Camaret - Baie de Lampaul (Ouessant)

  8h50 mn de navigation

42 milles nautiques

En cette journée du mardi 17 août, c’est un temps mitigé et un vent de Nord-Ouest comme prévu qui nous attend. Nous hésitons à gréer notre trinquette pour cette navigation qui doit débuter au près. On se décide et c’est à midi que nous larguons les amarres toujours accompagnées de Contango. On hisse rapidement la grand-voile et la trinquette pour sortir de l’anse de Camaret. Un premier virement et nous regrettons déjà d’avoir mis la trinquette car le vent n’est pas si fort. A 13h, on décide de l’affaler pour envoyer le génois. La pluie fait son apparition et nous doublons péniblement la pointe Saint Mathieu. A 14h30, on remet le moteur et on enroule le génois pour une demi-heure avant de remettre les voiles pour doubler le phare des Pierres Noires (à 1,7 MN dans le Sud) avant d’aller passer à proximité de la cardinales Sud du même nom. Il est alors 16h45. Ce vent de Nord-Ouest ne nous aide pas ! On tire des bords et on a l’impression de ne pas avancer. On finit par remettre le moteur à 18h40 pour laisser à tribord la cardinale Ouest des Pierres Vertes et nous diriger direct vers la Jument. Ca remue de plus en plus à mesure que l’on approche la Jument. Nous la doublons à 19h50 dans une mer agitée et désordonnée. On a pourtant pris de la distance. Ça commence à se calmer et nous pouvons enfin faire cap au 55 sur la baie de Lampaul. Manque de chance, plus de coffre disponible pour nous amarrer et la houle rentre dans la baie. Ça promet une bonne nuit ! On s’avance au maximum dans le fond de la baie où nous mettons l’ancre dans 7 m d’eau. Il est alors 20h50. Cette navigation qui devait être mythique ne restera pas dans les annales de Maracuja.

Phare des Pierres Noires
A l'approche de Ouessant phare de la Jument
Mouillage de la baie de Lampaul
Port de Lampaul

Journée off à Ouessant

Nous avons prévu de rester la journée entière du mercredi pour visiter l’île en vélo. Après une nuit un peu agitée par la houle, nous profitons du départ de quelques bateaux pour prendre un coffre et partir l’esprit tranquille à terre. Alain qui a amarré Contango non loin de nous vient nous chercher en annexe pour une journée d’exploration en vélo que l’on espérait électriques. Malheureusement en pleine saison les montures avec assistance électriques sont prises d’assaut et il aurait fallu réserver la veille. Tant pis, ce sera à la force de nos mollets que nous ferons quasiment le tour de l’île dans la journée. Un temps mitigé mais sans pluie nous permet de découvrir la beauté sauvage de Ouessant. Nous faisons le tour des phares en emprunter les chemins à travers les paysages changeant entre lande encore fleurie de bruyère, zones pâturées par les moutons, pelouses rases des falaises balayées par le vent. Nous faisons un stop pour visiter le musée des phares et balises qui vaut vraiment le détour pour découvrir l’histoire de la construction des phares et la vie des gardiens. Seul petit regret, le phare du Créac’h qui est en travaux, impossible donc de faire de belles photos de sa silhouette noire et blanche. Ça nous donne une bonne raison pour devoir revenir ! Car il va falloir quitter cette île où nous aurions aimé passer plus de temps.

Plein de belles images emplies d’embruns ramenées de Ouessant

La route retour est encore longue et on ne peut malheureusement pas s’éterniser car les prévisions météo à moyen terme ne sont pas au beau fixe. Demain il nous faut repartir.

12ème étape : Baie de Lampaul (Ouessant) - Aber Wrac'h

  10h30 mn de navigation

30,9 milles nautiques

C’est toujours rythmé par les courants que nous fixons l’heure de départ à 8h ce jeudi 19 août pour passer le passage du Fromveur impérativement avec le courant. Fromveur signifie grande frayeur en breton, un nom qui en dit long sur ce passage entre Ouessant et l’île de Bannec balisé par le phare de Kéréon. C’est une zone où les courants sont violents, mieux vaut être dans le bon sens. Le vent a tourné au Sud-Ouest et c’est au grand largue et sous génois que nous passons la Jument à 9h20. On sort alors le spi sur emmagasineur pour s’engouffrer dans le Fromveur. La mer est belle et nous taquinons Contango qui se fait dépasser. Nous sortons les cannes à pêche face au phare de Kéréon dans ces eaux réputées poissonneuses mais une nouvelle fois sans succès. Nous remarquons que des algues sont bloquées dans notre safran. Impossible de les retirer à cette allure. Il faudrait un bon coup de marche arrière. Pas question de gâcher le plaisir de cette navigation sous spi même si nous nous faisons d’un coup dépasser par Contango qui accélère subitement, probablement une veine de courant. Une chose incroyable se produit alors. Un groupe de 3 ou 4 dauphins viennent derrière nous et nous retire les algues du safran. On n’en revient pas. Merci les dauphins ! Nous lofons de 15° pour tracer au travers avec des vitesses dépassant les 8 nœuds. On coupe le chenal du Four pour passer au Nord des roches de Portsall et filer ensuite vers le Grand Chenal, chenal d’accès à l’Aber Wrac’h par l’Ouest. C’est à la hauteur de la cardinale du Libenter que nous enroulons le spi pour nous engager dans le chenal sous grand voile seule. C’est la marée montante et le courant nous pousse. Le joli paysage défile au milieu des rochers mais il faut rester concentré pour ne pas s’écarter du chenal. Nous suivons Contango qui va mettre l’ancre dans la rivière. Quelques bateaux sont au mouillage et nous mettons pas mal de temps à nous décider de l’endroit où poser l’ancre pour ne pas entraver le passage sur la rivière. Il faut calculer la hauteur d ‘eau à marée basse en tenant compte aussi de la renverse de courant qui mettra le bateau dans l’autre sens. Bref après bien des discussions, on est enfin mouillé. Il est 15h. Le temps est maussade et nous nous reposons un peu à l’intérieur quand soudain on entend des cris, juste le temps de sortir pour voir un catamaran essayer de manœuvrer à proximité de Contango et là c’est la cata, il le percute sur tribord. Nous décidons de lever l’ancre pour suivre Contango qui va au ponton pour dresser un constat. Que cela nous serve de leçon, nous ne sentions pas ce mouillage, nous aurions dû aller direct au ponton. Nous sommes désolées pour Contango qui s’en sort finalement pas si mal avec un peu de gelcoat à refaire. On finira la soirée dans une crêperie pour reprendre des forces avant l’étape suivante qui nous mènera à Roscoff.

13ème étape : Aber Wrac'h - Roscoff

  6h10 mn de navigation

29,5 milles nautiques

C’est à 10h20 ce vendredi matin que nous larguons les amarres. C’est au moteur que nous longeant le chenal et empruntons le passage de la Malouine, ce passage étroit entre les roches que nous avions déjà emprunté lors de notre escale précédente. A 11h10, le spi est lancé et nous évoluons au grand largue sur une mer calme. Nous doublons rapidement l’île Vierge en faisant cap au 55 pour contourner le plateau de Lizenn Wenn. Ceci fait, on lofe et on se retrouve au travers. A 12h30, un problème en tête de spi nous oblige à affaler. Une fois le problème sur le hook qui s’était bloqué dans une drôle de position, nous hissons à nouveau le spi et atteignons des vitesses de plus de 7,5 noeuds. On est alors au petit largue pour faire cap  sur l’île de Batz. A 15h25, en approche de l’île, nous affalons le spi pour emprunter le canal de Batz (canal très étroit entre l’île et la terre), au moteur vent de face. On suit scrupuleusement les alignements des guides nautiques pour atteindre l’entrée du port de Roscoff. Il est alors 16h30 et nous faisons une halte au ponton carburant pour remplir notre réservoir en prévision de la remontée vers notre port d’attache. En effet, les prévisions météo nous annoncent une grosse dégradation en fin de journée de lundi, c’est-à-dire dans 3 jours. On se met rapidement d’accord sur le fait qu’il nous faut repartir au plus vite pour rentrer à Boulogne avant cette perturbation. Après quelques routages et calculs de courant c’est décidé, nous quitterons Roscoff à 1h du matin. Il nous reste donc 8h pour ranger l’annexe, cuisiner un peu pour préparer les 3 jours de mer à venir et nous reposer.

14ème étape : Roscoff - Boulogne

  51h55 mn de navigation

267 milles nautiques

Réveil difficile en pleine nuit pour un départ à 0h50. Dès la sortie du port, nous prenons un cap au 45 au moteur car le vent n’est pas au rdv. Commencent alors les quarts de nuit où nous nous relayons jusqu’au petit matin. Nous laissons le plateau des Triagoz sur tribord. C’est à 4h15 que nous pouvons couper le moteur pour avancer toutes voiles dehors au près serré par ce petit vent de Nord-Est. 5h, changement de quart ! Le vent tombe vers 6h30 nous obligeant à rallumer le moteur. Le jour se lève toujours au moteur et vers 10h l’île de Guernesey est en vue. Le soleil nous réchauffe un peu mais nous devons attendre 12h15 pour enfin envoyer le spi. On se rapproche de Guernesey et c’est à nouveau au moteur que nous mettons le cap sur les Casquets. Il y a un peu de vent mais nous décidons de faire du cap au moteur pour passer les Casquets dans les temps avec le courant. Les Casquets doublés, nous envoyons le génois dans un vent de Sud-ouest force 4. Nous sommes au portant dans les remous habituels de cette zone de navigation qui nous avaient déjà bien secouées à l’aller. Nous laissons Aurigny sur tribord pour continuer notre route dans une mer de plus en plus désordonnée. On doit procéder à deux empannages avant la tombée de la nuit. Dans cette mer compliquée, on décide alors d’affaler la GV et d’enrouler une partie du génois pour la nuit. A 23h, le vent monte encore, on a le courant avec nous et on avance bien à 7 nœuds de moyenne. Cependant, pas évident de tenir la barre dans cette mer croisée au portant. Commence alors le calvaire du contre-courant où on ne se voit plus avancer pendant de longues heures. On a pourtant pris bien au large de la baie de Seine mais les courants sont forts dans les parages en ces périodes de vives eaux. La nuit est interminable et le lever du jour bienvenu même si l’état de la mer ne s’améliore pas. Vers midi, par vent d’Ouest force 5 nous sommes à hauteur d’Etretat, à plus de 20 milles au large. On se relaie à la barre sous ce temps froid et maussade. En fin de journée on fait un peu de moteur pour recharger les batteries avant la nuit. On réduit un peu le génois et on  fait bien car en début de nuit le vent passe Nord-Ouest et l’on se retrouve au près. A 1h du matin, nous sommes alors un peu au-dessus de Berck et nous rendons les armes en décidant de mettre le moteur pour pouvoir lofer et aller en route directe sur Boulogne. On n’a plus la force ni l’envie de tirer des bords dans ces conditions. Vers 4h du matin à l’approche de Boulogne, c’est l’heure de la sortie des chalutiers qui partent en pêche, la vigilance est donc de mise jusqu’au bout. Petite frayeur quand un gros chalutier nous fonce droit dessus, on dévie notre route et il nous vise à nouveau, à croire que c’est un jeu pour eux d’effrayer les plaisanciers. Bienvenu à Boulogne ! On atteint enfin l’entrée de la rade et c’est à 4h45 ce lundi 23 août que nous nous amarrons au ponton visiteurs pas mécontentes d’en avoir fini avec cette navigation et avant que la météo ne s’aggrave. Ce ne sera pas notre meilleur souvenir de la croisière c’est certain mais c’est une expérience de plus. Nous aurons parcouru en tout 980 milles durant cette croisière d’un peu plus de 4 semaines.

Catégories : Navigation

3 commentaires

Tonton Marcel · 04/01/2022 à 18:04

Vous allez pouvoir nous écrire un livre illustré …….deux vrais loups de mer

Globevogueuses · 03/11/2021 à 12:36

Patience Alain, tu vas bientôt apparaître dans le récit…

Alain · 30/10/2021 à 23:22

Super nav , hâte de lire la suite . Biz

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